INTERVIEW DE PHOTOGRAPHES :
KATIA
COLLINET -
PANORAMA SUR UNE PHOTOGRAPHE DES TEMPS
MODERNES
- Si notre activité associative se déploie
essentiellement autour d'un fonds ancien de photographie, nous ne
sommes pas moins intéressés et même
concernés par la photographie contemporaine. Ce sont nos
photographes d'aujourd'hui qui construisent la mémoire
visuelle de demain.
- Pour cela nous vous proposons de faire connaissance de
photographes de notre région mais aussi de plus loin et de
comprendre leur pratique et leur approche de la photographie.
-
- Les 16, 17, 18 novembre 2007, Katia Collinet Photographe
spécialisée dans la photographie panoramique sera
une des "invités d'honneur révélation" du
Festival International de la Photographie animalière et de
nature. L'ayant croisée déjà lors d'une
exposition de ses travaux à l'office du tourisme d'Epernay,
nous avons choisi de l'interviewer.
- Issue d'une formation de biologiste, cette passionnée
de nature a en effet été remarquée par le
regard singulier qu'elle propose des faux de Verzy, merveille
naturelle de la Montagne de Reims.
- Mémoire Photographique
Champenoise : Après des études de biologie
vous vous êtes orientée vers l'audiovisuel, la
photographie n'a donc pas été votre vocation
première.Comment avez-vous été amenée
à vous professionnaliser dans l'image?
-
- Katia Collinet : En sciences, et notamment en
biologie, la photographie et le film sont des techniques
très utilisées et complémentaires.
- La photographie permet de partager des observations à
différentes échelles : cellulaire, tissulaire, etc.,
ou de faire des identifications de plantes, d'animaux, de roches,
etc.
- Le film qui est une succession de photographies, permet de
"révéler" des mécanismes biologiques, ou des
comportements, etc
- J'ai toujours été très sensible à
l'esthétisme des images de sciences, et celles-ci
associées à la connaissance, les rendent encore plus
belles ! La motivation qui m'a amenée à me
professionnaliser a été l'envie de transmettre ces
belles histoires de sciences à un public
complètement néophyte.
- J'ai commencé par faire des photographies au microscope
de coupes transversales de végétaux pour
réviser plus facilement les séances de travaux
pratiques en botanique.
- Pendant les grandes vacances, un service de la fac cherchait
un étudiant pour réaliser un film
pédagogique. J'ai été la seule à
postuler
On a mis à ma disposition du matériel
vidéo, une loupe binoculaire et quelques chercheurs acteurs
pour la réalisation du film. Cette expérience
m'avait beaucoup amusée et a certainement influencé
mon orientation à la fin de mes études de biologie
vers le cinéma scientifique.
-
- MPC : Vous êtes photographe mais vous
pratiquez donc aussi la cinématographie, la prise de
son
, avec quel média avez-vous le plus
d'affinité et pour quelle raison ?
-
- K.C. : L'image est le média avec lequel
j'ai le plus d'affinité. Je l'associe parfois avec d'autres
médium pour orienter les sens du spectateur vers une
émotion bien définie et stimuler d'avantage son
imaginaire.
-
- MPC : Avez-vous eu (ou avez-vous encore) une
pratique de la photographie argentique avant l'adoption du
numérique ?
-
- K.C. : Oui, avant le numérique, je
faisais beaucoup de photos en diapositive et en noir et blanc.
J'aimais particulièrement le noir et blanc, car je pouvais
réaliser moi même toutes les étapes de
l'élaboration d'une image. Il m'arrive encore de travailler
en argentique, mais uniquement en Noir et Blanc, car je trouve que
le rendu photo est beaucoup plus beau en argentique qu'en
numérique.
-
- MPC : Comment avez-vous vécu le
basculement d'une technique à l'autre ?
-
- K.C. : Avant de passer à la photo
numérique, j'ai refait un an d'études pour devenir
chef de projet multimédia. Donc la transition entre la
photo argentique et numérique ne m'a posé aucun
problème, car j'étais déjà très
à l'aise avec l'outil informatique.
-
- MPC : Pourriez vous nous parlez de votre
découverte de la photographie panoramique à
360° ?
-
- K.C. : C'est en faisant mes études de
chef de projet en multimédia que j'ai découvert la
photographie panoramique.
- La technique photographique que j'utilise pour réaliser
mes panoramas est celle par assemblage de plusieurs photos 24-36
mm sur 360° pour l'horizon et 180° pour le zénith
et le nadir. A partir d'un assemblage panoramique, on peut
générer différentes sortes de panoramiques :
du sphérique, du Quick Time en Réalité
Virtuelle, de la vidéo panoramique et du panoramique
déformé .
-
- MPC : Quel impact cette découverte
a-t-elle eu sur votre pratique de la photographie ?
-
- K.C. : Dès que j'ai commencé
à pratiquer ce format, j'ai su qu'il était fait pour
moi! Ca été un véritable coup de foudre ! A
tel point que, je ne pense pas que je serais devenue photographe
professionnelle si ce format panoramique numérique n'avait
pas existé.
- De mon point de vue, c'est un format magique, car pouvoir
faire passer des émotions différentes avec la
même photo panoramique sans avoir l'impression qu'il
s'agisse de la même prise de vues, j'ai trouvé
ça, tout simplement génial ! En plus, ça me
permettait de pouvoir réinvestir mon savoir faire dans les
domaines de l'audiovisuel, du multimedia et de la photo, que
demander de plus !
-
- MPC : Quelle importance accordez vous à
la technique dans cette pratique photographique ?
-
- K.C. : Je suis naturaliste dans l'âme et
photographe par procuration. La nature exerce un tel pouvoir sur
mes sens que j'éprouve un besoin irrésistible
d'essayer de reproduire en images les émotions que je
ressens sur le lieu de la prise de vues. Pour moi, la connaissance
technique est à la fois indispensable et secondaire.
Indispensable, car le capteur de l'appareil photo ne
possède pas du tout les mêmes
propriétés optiques que nos yeux. La maîtrise
de ces propriétés permet d'obtenir des images avec
un rendu visuel qui peut-être très différent
de celui perçu dans la réalité et traduire
ainsi en image une émotion visuelle, sonore, ou
olfactive.
- Cependant cette connaissance technique reste secondaire, car
il faut savoir "l'oublier", c'est à dire l'appliquer sans
réfléchir, pour mieux la maîtriser !
-
- MPC : Le travail de l'image sur ordinateur
est-il important dans ce type de photographie ?
-
- K.C. : Oui, ça représente 80 % du
travail d'une photo panoramique.
-
- MPC : Vous êtes prochainement
"invitée d'honneur révélation" du festival
international de la photographie animalière et de nature
pour vos clichés sur les faux de Verzy. Comment s'est fait
le choix de ce sujet photographique ?

- K.C. : Les faux de Verzy , c'est une longue
histoire qui a commencé il y a maintenant 10 ans.
- Au début je faisais des photos pour le repérage
d'un film documentaire sur les faux et je venais aussi de
m'inscrire dans un club photo. J'avais très envie de
progresser et les "faux m'ont beaucoup appris de choses" car ils
sont devenus mes cobayes pour des expériences
photographiques. En effet, la première année, leur
architecture attrayante m'a donné envie d'appliquer la
fameuse règle d'or de composition d'une image et de tester
les effets visuels obtenus sur une photo en faisant varier les
paramètres de la profondeur de champ et la vitesse de
l'obturateur de l'appareil photo.
- Par la suite, j'ai voulu faire des photos en infra-rouge,
couleur et noir et blanc, j'ai encore réalisé des
tests sur les faux et puis quand je me suis mise à faire du
panoramique, évidemment ils n'ont pas échappé
au test !
- Du coup je me suis retrouvée avec plein de photos de
ces faux ! Ceci dit, ce n'est pas la seule raison de mon choix.
C'était l'envie aussi de valoriser ce patrimoine naturel
régional exceptionnel. Au festival de Montier-en-Der, il y
a tellement de très belles images qui viennent
essentiellement de l'autre côté de la Terre, j'avais
envie d'une revanche en proposant les Faux pour montrer qu'il n'y
a pas que les animaux qui peuvent être attrayants et que
l'on a pas forcément besoin d'aller à l'autre bout
du monde pour épater les spectateurs, enfin je le
souhaite..!
-
- MPC : Vous avez ensuite orienté votre
objectif vers le monde des caves et des celliers de Champagne,
pourquoi ce sujet ?

-
- K.C. : Aujourd'hui, je suis devenue photographe
professionnelle spécialisée dans la photographie
panoramique à 360° x 180° et je vis
essentiellement des commandes photographiques faites par les
entreprises de la région. L'exposition sur le patrimoine
champenois vient d'une demande de l'Office de Tourisme d'Epernay
suite à un désistement. Je souhaitais leur soumettre
un thème régional. J'avais déjà une
petite collection de panoramas sur plusieurs maisons de Champagne,
en invitant un ami photographe qui, lui, travaille essentiellement
sur ce sujet, une exposition a pu ainsi prendre place à
l'Office du tourisme d'Epernay.
-
- MPC : En passant d'un sujet vivant à un
autre plus inerte avez-vous perçu une différence
dans le choix de la prise de vue (difficulté ou
facilité, nouveauté
) ?
-
- K.C. : Non, il n'y a pas de différence,
je me suis amusée autant pour chacun de ces sujet, le but
du jeu étant à chaque fois de remettre en question
sa propre perception de ce qui nous entoure quotidiennement afin
de redécouvrir autrement ce que, par habitude, l'on ne
regarde plus.
-
- MPC : A l'avenir, comment souhaitez vous
développer votre pratique photographique?
-
- K.C. : De part ma formation première, la
biologie, mes sujets photos préférés
concernent la nature. Mon souhait le plus cher serait de pouvoir
faire partager mes travaux photographiques en faisant passer des
messages écologiques.
-
- MPC : Bien, nous vous souhaitons une vive
réussite dans ces beaux projets et vous remercions pour
votre participation. Et nous vous reverrons bientôt à
l'occasion du festival.
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n° 6