Histoire de la Photographie. Chapître 6 : Alphonse Poitevin
Grâce aux découvertes de Talbot dont nous avons parlé dans le précédent numéro, le papier devient le support roi de la photographie, à la fois pour les négatifs, et pour les tirages positifs. Le problème de la multiplication des tirages était résolu par l'emploi du négatif, et celui-ci signait la fin du daguerréotype. Cependant, cette multiplication des tirages restait très artisanale, et c'est Alphonse Poitevin qui découvrit un moyen industriel de multiplier les tirages, la photolithographie ou photocollographie permettant l'usage de la photographie dans les livres, et surtout, il est à l'origine de la production des cartes postales dont nous parlerons assez largement dans ce numéro...
Alphonse Poitevin ne fait pas partie des grands noms de
l'histoire de la photographie, ou plus exactement, il n'a
pas acquis la célébrité de ses grands
prédécesseurs. Cependant, derrière
Daguerre, puis Talbot, il est souvent
considéré par les spécialistes comme le
troisième homme de la photographie. Contrairement
à ses prédécesseurs qui, certes,
étaient des découvreurs de génie, lui
est un vrai scientifique, ingénieur chimiste Le souci essentiel de Poitevin, le fil directeur de son
uvre, a été de trouver la
possibilité de multiplier rapidement, et à un
moindre coût, l'image photographique, et en même
temps de la rendre permanente en l'affranchissant de
l'emploi des sels d'argent qui présentaient le gros
inconvénient de ne pas être parfaitement
stables chimiquement. Il avait conscience que ce n'est
qu'une fois ces solutions trouvées que la
photographie pourrait rivaliser avec les techniques
traditionnelles de l'illustration et être
diffusée de façon à pouvoir être
accessible à tous. Ce double obstacle, auquel se heurtait la diffusion de la
photographie, n'échappait pas à tous ceux,
savants et photographes, qui dès l'origine se
passionnèrent pour ce nouvel art. Mais c'est à
Alphonse Poitevin que revint le mérite de proposer,
le premier, des solutions qui, si elles n'étaient pas
parfaites et industriellement exploitables dès le
départ, portaient du moins en germe les
procédés industriels des années
1880-1900. Il est à noter que les procédés de
Poitevin permettant de multiplier l'image utilisaient
l'encre d'imprimerie et donnaient donc des épreuves
stables mais qui, si belles qu'elles fussent (en tout cas en
ce qui concerne la photolithographie), n'étaient pas
comparables à des positifs obtenus par les
méthodes traditionnelles.
Après d'assez nombreuses recherches et des
découvertes importantes, c'est dans la deuxième
moitié de l'année 1855 qu'il mit au point son
procédé de photolithographie. (voir les détails
dans l'article de 1902 consacré à la vulgarisation de
ce procédé).

Il eut immédiatement conscience de l'importance de cette découverte puisqu'il décida de démissionner de son emploi d'ingénieur-chimiste pour venir l'exploiter à Paris. Il ouvrit un atelier rue Saint Jacques au début de l'été 1856. C'était la première tentative d'exploitation industrielle de reproduction de la photographie par des moyens photomécaniques. Cet atelier fonctionna de juin 1856 à octobre 1857 avec deux presses, trois ou quatre personnes. Il produisit, en seize mois, plus de 18 000 épreuves (en moyenne de 6 à 10 par heure d'après les fiches de paie des ouvriers). Les prix très bas pratiqués par Poitevin rendaient enfin possible l'utilisation de la photographie pour l'illustration du livre. Celle-ci constitua d'ailleurs la principale activité de son atelier. Des difficultés financières le contraignirent, à l'automne 1857, à céder son atelier, sa clientèle et les droits du brevet de son procédé à l'imprimeur-lithographe parisien Joseph-Rose Lemercier.
S'il n'a pas laissé un nom à la postérité, c'est que génial scientifique, c'était loin d'être, comme nous dirions aujourd'hui, un communicant. Cependant, ses travaux inspirèrent de nombreux autres chercheurs jusqu'à la guerre de 14-18...