Les curieuses photographies de Rodolphe von Gombergh
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A la Maison européenne de la Photographie (dont nous avons déjà parlé dans un précédent numéro) a eu lieu à l'automne dernier une exposition de Rodolphe von Gombergh. Ou comment une IRM peut devenir une oeuvre d'art.. Ce photographe, radiologue et plasticien, a eu l'idée d'utiliser les techniques de l'imagerie médicale pour réaliser des portraits un peu étranges. C'est ce qu'il appelle le Virtual Life Art. On doit reconnaitre que techniquement, c'est bluffant. A la frontière entre informatique et cours de science anatomique, vom Gombergh n'est pas un jeune premier. L'artiste avait réalisé des clichés fort remarqués, exposés au Musée Guimet, qui donnaient à voir l'intérieur des vieilles idôles, le travail de Von Gombergh sur la 3e dimension est intéressant. Suivent deux avis assez différents l'un de l'autre. Avis d'homme, avis de femme : incontestablement, Gombergh interpelle quelque part, non ? Luc Schicharin : Il n'y a aucun doute, le corps de Gombergh est une uvre plastique, ce n'est pas un travail médical : certaines zones sont plus transparente que d'autres, obéissant à un ordre instinctif lui-même régit par le souci de la composition, tout est structuré de manière à produire une nouvelle esthétique et non pas un savoir médical. Plus qu'une découverte de l'anatomie, ce que nous propose l'artiste est un autre corps, un corps dont l'image est magnifiquement instable : ouvert à certains endroits, opaque dans d'autre, c'est un organisme profondément géographique, une cartographie de l'activité organique vitale dans lequel le regard du spectateur se déplace et se perd. La possibilité de la vie dans un corps demeure incompréhensible, autant que la mort ; c'est ce que cette image en volume, à la fois vivante et cadavérique, dégage émotionnellement. Cette installation révèle aussi bien la perfection et la fragilité d'une anatomie qui demain sera complètement exhibé grâce à sa numérisation et sa " virtualisation ". Alors est-ce un nouveau moyen de surveiller l'autre qui se met doucement en place? Ou est-ce une modification corporelle révolutionnaire, s'inscrivant dans le prolongement du tatouage et de la scarification? Cette incertitude est typique d'une démarche qui s'inscrit dans le temps présent, invoquant les multiples directions d'un futur probable, attractif et effrayant à la fois. Malgré la sobriété du rendu, qui donne l'impression de n'avoir de valeur que grâce à son dispositif technique spectaculaire, plusieurs questions émanent de la réalisation de ce corps et donne une dimension philosophique à l'uvre. Loin de n'être qu'une prouesse scientifique, ce travail artistique interroge l'individu de demain écrasé par les technologies de surveillance qu'il pourra toujours détourner stratégiquement afin de modifier son corps. |
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Agathe Attali : Plongée dans une atmosphère obscure, l'installation Femmes transparentes comprend des photographies numériques, des hologrammes et des vidéos en 3 dimensions. Des femmes comme modèles, mais aucun homme. Les images présentées sont revêtues de couleurs artificielles, tandis qu'on plonge à l'intérieur du corps de ces femmes. On voit alors leurs entrailles par effet de transparence, comme si leur peau était de verre. La technologie sophistiquée mise en oeuvre permet de voir l'intérieur d'un corps sans pour autant y introduire de caméra, comme pour en respecter l'intégrité. Le visiteur s'attend à ce qu'on lui fournisse des explications sur les organes qui lui sont rendus visibles. Mais il n'y a aucune légende; le descriptif devant l'entrée est succinct et propose un parallèle avec les recherches de Léonard de Vinci, sans que l'on comprenne pourquoi. On discerne néanmoins des poumons, le conduit interne d'une oreille... Le plasticien se complaît même à nous montrer le sexe d'un modèle à travers son jean. On s'attend en effet à trouver des légendes, comme s'il s'agissait d'une leçon de médecine en 3 dimensions. Le spectateur, glacé par ces images à la limite d'un voyeurisme qu'on pourrait dire "intestinal", ne peut s'empêcher de trouver là des objets de connaissance et non des objets d'expérience esthétique. Certes les corps de ces femmes sont beaux; mais ils le sont presque trop par rapport à ce qu'on y voit. Des organes peuvent-ils être beaux? La question est étrange. Ils sont fonctionnels, ce qui apparaît assez incompatible avec des critères de type esthétique. D'ailleurs aucun érotisme, aucune sensualité ne se dégagent de ces corps, contrairement à ce que peut susciter un nu de femme. On en vient à se demander par quelle idée perverse l'artiste a seulement choisi des femmes pour ces clichés. Ces corps sont trop beaux aussi parce qu'on dirait des cadavres: les corps, même dans les vidéos, sont immobiles, presque inertes. Les images sont tournées dans tous les sens pour voir à quel point elles sont parfaites, mais les modèles ne sont pas en mouvement. On y trouve même des coupes: de têtes écervelées, de corps sans tête. On ne peut s'empêcher de penser aux exercices de dissection pratiqués dans les écoles de médecine, ainsi qu'aux animaux, foetus et monstres conservés dans du formol dans les musées de sciences naturelles. Rodolphe Gombergh se réclame d'un "Virtual Life Art"; que reste-t-il cependant de vivant dans ces corps ? On se demande même si certains des modèles en question ne sont pas directement tirés de la morgue pour servir ses expériences. On comprend donc parfaitement l'intérêt médical de ces clichés qui permettent une compréhension du corps humain de l'intérieur sans intrusion d'un corps étranger. Mais que reste-t'il du projet esthétique ? L'installation glisse subrepticement dans le glauque et le morbide dans un mélange tout aussi perturbant de virtuel et de réel. |
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